Orgues : Aspects techniques

Par Jean-Michel LASSAUGE
Photos de Florent DENIEUIL et Jean-Michel LASSAUGE

Le rendu sonore est servi par une fine traction mécanique. L’orgue étant placé assez bas avec des plans sonores bien distincts, il a fait ainsi dire à certains interprètes qu’il est un des rares instruments de cathédrale sur lequel on peut jouer des sonates en trio de J. S. Bach avec l’exigence de toucher que cela requiert.

Voix humaine

Du point de vue technique, les mécanismes de transmission des notes présentent la particularité d’être constitués de matériaux modernes comme des dérivés d’aluminium et la fibre de carbone. Matériaux choisis pour leurs qualités et leurs faibles coefficients de dilatation et de frottement, garantissant une grande précision du toucher et une légèreté de jeu pour un tel orgue (4 claviers jouables accouplés). A l’époque ce fut le premier instrument à posséder des vergettes (fils de liaisons mécaniques) en fibre de carbone.

Afin de rendre les trajets mécaniques les plus directs possible, une contrainte c’est imposé au facteur d’orgue, celle de disposer la console des claviers parallèlement aux sommiers [1], le conduisant à placer cette dernière d’une façon quelque peu originale : à l’intérieur de l’orgue. Cependant pratique et confortablement réalisée, elle comporte un retour-son haute-fidélité réglable à volonté, qui permet d’entendre très bien l’instrument en plus de sa perception directe,  et un écran vidéo permet de voir l’espace Liturgique.

Boîte expressive

La partie électronique de l’instrument concerne le « combinateur » qui permet à l’organiste de mémoriser ses choix de couleurs sonores et leur changement rapide lors de l’interprétation des œuvres.

Depuis 1986, au travers des offices, des nombreux concerts, des enregistrements de disques par des interprètes français et internationaux, cet instrument à fait sonner un répertoire étendu et multiforme, depuis les estampies de 1325 jusqu’à des œuvres contemporaines dont certaines furent crées en ce lieu, voire composées pour cet instrument.


[1] Sommiers : Organe technique complexe qui distribue le vent sous chacun des milliers de tuyaux qui y sont disposés.


Ci-après diverses photos des « entrailles » de l’orgue, prises par Florent DENIEUIL ou Jean-Michel LASSAUGE

Les jeux de « Chamade »

Par Jean-Michel LASSAUGE
Photo de Florent DENIEUIL

Ce qui frappe le visiteur qui regarde le buffet d’orgue depuis la nef c’est la splendide batterie de jeux en « chamades » disposées à l’horizontale (pratique qui remonte au 18ème siècle en Espagne et qui fut introduite en France au 19ème siècle, comme à Saint-Sulpice de Paris ou Saint-Ouen de Rouen). Ici, Dominique Oberthur innove encore en présentant cette batterie sous une forme sonore très complète, riche de Trompettes de 16’, 8’ et 4’ (grave, medium, aigu) auxquelles s’ajoute un 4ème rang sonnant à la Quinte pour former un lumineux « Plein-jeu de Chamades » comme il le dit lui-même.

Jeux de chamade (Clavier de Grand Chœur)

Orgues : historique de l’instrument

Par Jean-Michel LASSAUGE

Depuis au moins le XIVème siècle la cathédrale fut dotée d’un orgue et en 1499 fut nommé le premier organiste dont on connait le nom : Chrestien Maillard.

Plusieurs instruments se sont succédé en différents endroits de la cathédrale (nef, bas-côtés) sans qu’il soit vraiment possible d’affirmer avec précision leur emplacement. Remaniés, reconstruits, ces instruments ont évolué avec les progrès de la facture d’orgue. Ainsi passe-t-on d’un orgue « médiéval », probablement du type blokwerk (sans registres et faisant entendre une sorte de grand plein-jeu), à un instrument à registres séparés et à plusieurs claviers, type franco-flamand puis classique français à partir des années 1650.

En l’église de Toucy (Yonne), on trouve actuellement les restes de l’ancien instrument de la cathédrale, dont le Positif (partie avancée de l’instrument) qui fut construit en 1591 comme l’indiquent les armes sculptées de Monseigneur Amyot, évêque d’Auxerre. 

En 1768, le facteur parisien L’Epine (esthétique postclassique qui correspond aux compositeurs tels les Daquin, Beauvarlet-Charpentier, Corrette ou Balbastre) remanie le buffet et refait le jeu de « Montre » (tuyaux de façade). Quelques réparations et modifications ont lieu en 1823 par Gadault de Paris puis par le facteur N.A. Lété, de Mirecourt, en 1840. (Nicolas-Antoine Lété, 1793-1872, est le facteur du très apprécié orgue de Nantua).

En 1901 l’instrument était dans un état critique et il fut décidé de le remplacer par un grand orgue de 47 jeux. Le facteur belge Annessens, à qui est revenue la tâche de construire le nouvel orgue, se chargea aussi du déplacement de l’ancien orgue vers l’église de Toucy où on peut le voir aujourd’hui.

Le grand orgue Annessens était situé à l’emplacement de l’instrument actuel. D’esthétique sonore symphonique, il comprenait 3 claviers et pédalier avec une transmission pneumatique tubulaire, dans un buffet de style néogothique dessiné par l’architecte des beaux-arts Boewiswald. C’est l’instrument que connurent entre autres les titulaires Paul Berthier (1884-1953), Jacques Berthier (1923-1994) Jean-Jacques Laubry (1916-2001).

En 1973 il est question de reconstruire le grand orgue et Dominique Oberthur, facteur d’orgues à Saintes, se voit confié ce grand projet en 1979. Dans un premier temps le nouvel instrument est envisagé au-dessus du grand portail d’entrée, sous la grande rosace. Pour des raisons techniques et la nécessité de construire une tribune il fut finalement décidé de le construire à l’emplacement de l’ancien, dans une des chapelles côté sud de la nef, proche du chœur. 


Les organistes de 1884 à nos jours

  • On connait Jacques Berthier, compositeur d’œuvres pour orgue et de nombreux chants liturgiques.
  • Paul Berthier, son père, fut un disciple du compositeur Vincent d’Indy à la Scola Cantorum de Paris. Il fut aussi, après des études de droit, l’auteur d’une thèse sur « la protection légale du compositeur de musique ». Enfin on lui doit un ouvrage passionnant : « l’art et la vie de Jean-Philippe RAMEAU ».
  • Ancien élève d’Henri Busser, professeur d’écriture au conservatoire de Paris, Jean-Jacques Laubry fut lui aussi compositeur, auteur de quelques 119 opus, pour orchestre, pour divers instruments, et d’un concerto pour orgue et orchestre.
  • Jean-Michel Lassauge  depuis 1995 à nos jours
Ancien orgue Anneessens de la cathédrale, qui sera remplacé au même endroit par l’orgue Orberthür
Anciennes orgues Anneessens

Les grandes orgues de la cathédrale ont été construites en 1966 à la place d'un instrument dont les plus célèbres titulaires ont été Paul et Jacques BERTHIER, ainsi que le Docteur LAUBRY
Nouvelles orgues Oberthür

Composition des grandes orgues

Par Jean-Michel LASSAUGE
Photos de Florent DENIEUIL

L’orgue Oberthur est un orgue du 20ème siècle, tant par sa conception esthétique que technique. Il possède 50 jeux répartis sur 4 claviers de 61 notes et un pédalier de 32 notes.

L’orgue Oberthur est un orgue du 20ème siècle, tant par sa conception esthétique que technique. Il possède 50 jeux répartis sur 4 claviers de 61 notes et un pédalier de 32 notes.

La console est située à l’intérieur même de l’instrument
L’organiste a une vue sur la cathédrale grâce à 3 caméras (nef, croisée des transepts, chœur)
L’organiste dispose également de retours du son grâce à 4 micros placés en face de l’instrument

Les claviers, de bas en haut :
Grand Chœur, Grand-Orgue, Positif, Récit expressif

Ainsi l’interprète peut évoquer, grâce aux « jeux de fonds » généreux, au « grand chœur d’anches » et au « Récit symphonique » doté d’une boite expressive extrêmement efficace, tout le répertoire symphonique.

Les jeux d’anches, les trois Cornets le Cromorne et la Voix humaine nous permettent d’apprécier les joyaux de la musique française des 17ème, 18ème et post classiques, sans oublier les 19 rangs de plein-jeux qui, selon le choix judicieux que l’on peut en faire, servent aussi bien un « Grand Plein-jeu » de Guillaume Nivers, Nicolas de Grigny ou Louis Marchand.

Un jeu de Sesquialtera de taille étroite peut aussi s’ajouter aux « plenums », contribuant à la couleur baroque allemande pour interpréter Dietrich Buxtehude ou Jean-Sébastien Bach.

De multiples Flûtes et de chantants jeux de détails augmentent encore l’ouverture musicale de l’instrument où les œuvres contemporaines et l’art de l’improvisation ne sont pas en reste…

La pyramide sonore prend son assise sur des jeux de 32 pieds (les plus graves de l’orgue, Soubasse 32’ et Basson 32’) et monte jusqu’au jeu le plus aigu humainement audible qui est un Piccolo 1’, réel et complet.


Le « pied » est l’ancienne unité de mesure, toujours utilisée en facture d’orgue pour indiquer la hauteur du plus grand tuyau d’un « jeu » (une série de tuyaux sonnant avec le même timbre) donc la tessiture à laquelle sonne ce dernier.

Composition à jour au 24 juin 2020